L’objet du moment

L’utilisation de ces vases à encens au moment des funérailles est fréquente dans le centre de la France et peut avoir plusieurs interprétations : invocation du divin, rituel d’accompagnement et de purification du défunt, couverture de l’odeur du cadavre, ou encore valeur symbolique (renforçant le caractère sacré de la tombe).

Pots à encens

Le rituel des « pots à encens » dans les sépultures médiévales.


squelette de la Sépulture n° 60Un charbon incandescent surmonté d’encens dans un pot placé au niveau des pieds ou de la tête d’un défunt et percé de trous d’où s’échappe une fumée odorante : voilà ce que révèlent quelques céramiques retrouvées dans deux sépultures issues de fouille du cimetière urbain médiéval du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, dans les années 1990. Ces objets, au même titre que tout le restant du mobilier issu des fouilles anciennes, intègrent actuellement un « chantier des collections » (financé en partie par la DRAC-SRA Centre-Val de Loire), qui vise à établir un inventaire scientifique actualisé du mobilier exhumé et à en optimiser le conditionnement.
L’utilisation de ces vases à encens au moment des funérailles est fréquente dans le centre de la France et peut avoir plusieurs interprétations : invocation du divin, rituel d’accompagnement et de purification du défunt, couverture de l’odeur du cadavre, ou encore valeur symbolique (renforçant le caractère sacré de la tombe).

 

 

 


Pots à encens retrouvés dans la Sépulture n° 60On utilisait pour cela habituellement des céramiques issues du vaisselier domestique, généralement des pots servant à cuire les aliments. Ces vases, souvent neufs mais pouvant présenter des défauts (raté de cuisson, anse cassée) étaient alors percés à l’aide d’une pointe de couteau ou de clou pour que la fumée puisse s’en échapper. Cependant, à Saint-Martin-des-Champs, les pots retrouvés ne sont pas courants dans la sphère domestique locale de cette époque (fin XIIe-XIIIe s.) : peut-être ont-ils été produits plus spécifiquement par les potiers locaux pour cette destination, à l’instar des petites bouteilles à eau bénite retrouvées plus fréquemment dans  les différents cimetières médiévaux de la ville? Quoi qu’il en soit, cette pratique, si elle est bien attestée à Bourges durant le Moyen Âge dans des sépultures en lien avec des établissements religieux (Notre-Dame-de-Sales), ne se retrouve pas partout (entre autres, plus au nord, au Grand cimetière ; fouilles récentes des Etablissements Monin) : en ce sens, elle est aussi révélatrice du statut social du défunt et de sa famille.